Sa Chienne - Rémi de Vos

Sa Chienne est la première pièce d’un triptyque, « Trois Ruptures ». Remi de Vos met en scène la rupture. Cette situation si particulière qui met les êtres en porte-à-faux. Renvoi à une situation universelle. Qui n’a pas connu de rupture ? Toujours le même schéma triangulaire : le couple est en crise à cause d’un tiers considéré comme un rival, qu’il soit amoureux, sexuel ou autre.

Sa Chienne est la première de ces trois pièces.

Un homme et une femme se retrouvent autour d’un repas. Madame a pris la peine de passer deux jours dans sa cuisine, de mettre les petits plats dans les grands, de chorégraphier le service, pour le plus grand plaisir de Monsieur qui, sa mèche de cheveux de cadre moyen bien plaquée sur le côté, engloutit le repas avec des expressions démonstratives de délectation. Arrive le dessert. La cerise sur le gâteau. « C’était bon ? ». « Délicieux ! ». « Je te quitte ! ». « Tu vas où ? ». « Je te quitte. ». « Blague ? ». « Pas Blague. ». Le couperet tombe comme le couteau tranche le fromage.

photo: Julien James Auzan

Après une mise en bouche où il n’y a de saveurs que dans les plats tant la discussion entre les époux est stérile, la corrida amoureuse peut commencer. Mise à mort publique du couple. Avec une interrogation : lequel va prendre l’ascendant sur l’autre ?

La raison de cette séparation ? Madame se considère comme délaissée au profit de la chienne de Monsieur : Diva. Vous conviendrez que Médor aurait eu moins d’impact. Diva, la capricieuse, la manipulatrice, la séductrice. Celle qui fait que Monsieur, qui la rencontrée avant Madame, l’idolâtre à l’extrême. Les reproches fusent. Ceux qui sont restés de nombreuses années tus, explosent, sans ménagement. Les mots dépassent les pensées. La colère prend le dessus. Les dialogues sont concis. Courts. Fulgurants. Comme des balles de pistolets qui essaient d’atteindre l’autre directement là où ça fait mal, là où potentiellement on peut le mettre à terre. Tu m’as trompé ? Saches que je t’ai aussi trompée. Certes ce n’était pas une citadelle, mais saches que tu es également cocue. Nananère ! Oui, nous sommes toujours un peu cons au moment des ruptures, non ?

Arrive le temps de la vengeance. Ce qui devait être une blessure d’amour – au sens romantique du terme – devient guerre d’égos. Je souffre. Tu vas souffrir dix fois plus. J’y ajouterai un soupçon de torture et d’humiliation et mon ego sera sain et sauf. JE t’aurai quittée, non pas TU m’auras quitté. Je reprends le dessus et sors vainqueur de ce pugilat.

Photo: Julien James Auzan

A l’heure où l’humour est sous surveillance rapprochée, ce texte dérange un peu. Il est cruel, mais tellement drôle. Il ébranle nos systèmes de valeurs, et le ramène à la crudité de leurs réalités. Transgressant en permanence la ligne rouge, celle du politiquement correct et de la bien-pensance, il met cependant en lumière nos failles et nos fragilités.

Portée délicieusement, et avec un soupçon de perversité comme on aime, par Barbara Tobola et Philippe Soltermann, mise en scène par Nicolas Rossier, Sa Chienne vaut son écuelle de pâtée, quitte à provoquer parfois des haut-le-cœur et déstabiliser les spectateurs. Mais on aime beaucoup être perturbé, non ?

 

A voir encore  ce soir vendredi 2 octobre et demain samedi 3 à 19h30 aux Théâtre des Osses à Givisiez. Réservation ici

Dès 16 ans… ce qui est un bon argument pour s’y rendre. Coquine que je suis !

 

Stéphanie Tschopp

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